Invendus, erreurs d’étiquetage, annulation de commandes, surplus, … : le gaspillage alimentaire représente 400 euros par personne et par an.

"Le Panier de la Mer", Fédération d'associations et sa soupe de poissons.

« Le Panier de la Mer », Fédération d’associations et sa soupe de poissons.

Cette semaine a lieu la semaine du goût. Aujourd’hui 16 octobre, honneur, si je peux dire, au gaspillage. Une grande manifestation se tient place de la République à Paris et vise à sensibiliser au gaspillage sous le patronage du ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire et, en quelque sorte, de Rungis, gros pourvoyeur.

De nombreuses initiatives sont présentées et dégustées, avec le fond sonore d’une discosoup, initiative dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler l’an dernier.

Faisant le constat du volume de poissons invendus sur les criées, dès 1997, Mr Jean Larzul, à l’époque président de la banque alimentaire du Finistère, a créé l’association « Le Panier de la Mer ». Objectif : mettre en place des chantiers d’insertion, en créant des jobs autour des métiers du mareyage puis de l’alimentation, et fournir gratuitement en filets surgelés des associations (ex. Secours populaire). Aujourd’hui l’activité s’est étendue à la production d’une (excellente) soupe de poissons à partir de ces invendus. L’association a ainsi reçu et traité 350 tonnes de poissons en 2012, soit 167 tonnes de produits finis. La soupe est destinée, au moins à 70%, à l’aide alimentaire – minimum du fait des subventions dont « Les Paniers de la Mer » bénéficient. Pour l’anecdote, l’Assemblée Nationale fait partie des rares personnes qui peuvent acheter cette soupe. Comme quoi les farines animales ne sont pas le seul salut pour les poissons invendus.

A.N.D.E.S. : pommes, raisins, tomates, menthe en jus de fruits frais

A.N.D.E.S. : pommes, raisins, tomates, menthe en jus de fruits frais

Après les poissons, c’est au tour des fruits et légumes avec les chantiers d’insertion de l’ANDES (réseau des épiceries solidaires). Là encore l’objectif est de fournir fruits et légumes à des personnes précarisées, de lutter contre le gaspillage et de favoriser l’accès à l’emploi. La récupération se fait aussi bien auprès de Rungis que de producteurs. Par exemple, la semaine dernière, l’ANDES a reçu 10 tonnes de pommes provenant de l’arrachage de pommiers à Cergy, en vue de leur renouvellement. Au total, pour 2012, 1325 tonnes de fruits et légumes ont été livrées et 117 salariés accueillis ont notamment fabriqué jus de fruits, soupes et confitures.

EQOsphere, plateforme web, interface pour la revalorisation des surplus alimentaires

EQOsphere, interface pour la revalorisation des surplus alimentaires

Problème, comment mettre en relation les entreprises ayant des invendus et les bénéficiaires potentiels ? EQOsphère, entreprise créée l’an dernier par Xavier Corval, apporte une réponse au souci de revalorisation des invendus de l’alimentation. Concrètement elle met à disposition une plateforme web mettant en relation la grande distribution et les associations. Gagnant-gagnant, comme on dit. Tout bénéf pour la grande distrib qui voit son image citoyenne et son bilan RSE (responsabilité sociétale des entreprises) redorés et qui peut bénéficier de crédit d’impôt. Et bien sûr tout bénéf pour les associations. EQOsphère, 9 salariés sans compter l’équipe technique en charge du web, se rémunère aujourd’hui via un abonnement mensuel pour la grande distribution ainsi que pour les associations. Parmi les invendus, pas seulement des produits proches de leur DLC ou DLUO (date limite d’utilisation optimale) mais aussi des produits résultant par exemple d’erreur d’étiquetage : la semaine dernière, 1 tonne de produits traiteur grec se sont retrouvés ainsi entre les mains des associations.

File d'attente devant la tente des traiteurs.

File d’attente devant la tente des traiteurs.

Les traiteurs parisiens s’y mettent également. Qui à la vue d’un buffet encore bien garni à la fin d’une fête ne s’est pas interrogé sur la destination de ces restes ? Donc les traiteurs fournissent les « restes » récupérés ou issus d’annulations. Aucun amateurisme dans la démarche, ni prise de risque en matière de santé, d’hygiène ou de qualité des produits, on ne badine pas non plus avec la DLC (date limite de consommation). Comme me l’explique Juliette Dux de la Table de Cana (traiteur d’insertion), une charte définit précisément les produits qui peuvent être traités, ils sont reconditionnés et étiquetés avec une DLC. Ils utilisent généralement le support logistique d’EQOsphère ou de « La tablée des chefs » pour être mis en relation avec les associations.

Pierre Sang, chef.

Pierre Sang, chef.

Des chefs sont également sur la sellette, en direct, pour montrer comment, au niveau individuel, limiter le gaspillage : récupération des épluchures de pommes de terre, carottes ou panais pour faire des chips maison (mettre les épluchures –bio de préférence- sur une plaque, saler, poivrer et badigeonner d’huile de colza, faire cuire 3 mn à four à 240°C). Utilisation des côtes et feuilles d’un chou fleur : les faire revenir dans de l’huile de colza, ajouter un peu d’eau et faire cuire jusqu’à ce que les côtes soient bien cuites, puis mixer, passer au chinois ; cette sauce peut accompagner un poisson ou être montée au siphon pour d’autres destinations. Bien sûr les tomates cabossées se referont une santé transformées en coulis. Virgile Maignan, chef d’un restaurant (BIOBOA, rue Montmartre), m’explique même qu’il utilise la peau des bananes qui, cuite et confite, peut lui servir de fond de tarte ou de gâteau, avant d’y ajouter des rondelles de banane. De mon côté, je récupère mes épluchures de pommes (non traitées) et les fais sécher au four à faible température. Je les utilise au petit-dej avec mon muesli. Ariane Grumbach, diététicienne gourmande (comme elle se qualifie), nous donne dans son blog quelques conseils toujours pragmatiques et pertinents pour optimiser l’utilisation des herbes fraîches.

Crème de chou fleur, grenade, sommités de brocoli violet.

Crème de chou fleur, grenade, sommités de brocoli violet.

Cerise sur le gâteau, les grands traiteurs parisiens ont concocté des préparations à partir des invendus et que nous pouvions déguster autour de petites tables, de manière conviviale, sous une tente dressée à cet effet. En plus de contribuer à la lutte contre le gaspillage, nous nous sommes régalés. Parmi les petits plats servis, une délicieuse soupe potimarron, mangue, lait de coco et piment d’espelette, une savoureuse  poêlée de légumes au jus de viande, amandes, citron confit et coriandre.

Poêlée de légumes.

Poêlée de légumes.

Et vous, quelles sont vos astuces pour limiter votre gaspillage alimentaire ?

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Une réflexion au sujet de « Invendus, erreurs d’étiquetage, annulation de commandes, surplus, … : le gaspillage alimentaire représente 400 euros par personne et par an. »

  1. Ariane

    Bravo pour ce billet récap où je découvre que je suis citée, merci ! Chacun peut agir à son niveau pour limiter le gaspillage, une journée pour en prendre conscience, c’est important mais ce sont des petits gestes de tous les jours qui feront la différénce

    Répondre

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