Produits d’exception, les premières IGP d’Afrique au salon de l’agriculture : le poivre de Penja, le miel d’Oku et le café Ziama-Macenta

Cela ne vous a probablement pas échappé, c’est le salon de l’agriculture ! J’y vais pour la 1ière fois et je constate qu’il n’y a pas que des vaches aux mensurations avantageuses ou des hommes (et femmes) politiques en quête de redressement de leur cote de popularité et au coup de fourchette sûr.

Cette première pour moi est motivée par la présentation et la dégustation des premières IGP (Indication Géographique Protégée) africaines. Les IGP, équivalent de nos Appellations d’Origine (AOC, AOP), permettent d’abord de reconnaître l’originalité et la spécificité d’un produit, sa réputation, et des qualités associées à son origine.

Un producteur de miel d'Oku et Didier Chabrol du CIRAD.

Un producteur de miel d’Oku et Didier Chabrol du CIRAD.

L’IGP nécessite de définir un cahier des charges, une zone et des méthodes de production. C’est ainsi un moyen pour de petits producteurs de protéger et valoriser leurs produits et leurs savoirs. Cette reconnaissance officielle est un enjeu important pour l’Afrique puisqu’elle participe à la protection d’un patrimoine, à la biodiversité et représente un véritable levier économique.  

Un atelier propose de faire découvrir et déguster les 3 premières IGP. L’atelier est animé par Didier Chabrol, chercheur en sciences sociales (alimentation, agroalimentaire) au CIRAD, ainsi que par un œnologue, un spécialiste d’analyse sensorielle et en présence de représentants de ces producteurs.

Le poivre de Penja.

Le poivre de Penja.

Il est plus simple et accessible de faire une dégustation en comparant deux produits. Ainsi, nous démarrons par le poivre blanc de Penja (Cameroun), dégusté en parallèle avec un poivre blanc de Kampot (Cambodge). Nous dégustons chacun sous 3 formes : d’abord moulu puis sur un morceau de foie gras et enfin le grain entier.

Comme le vin, il faut aspirer un peu d’air, le faire rouler dans la bouche. Le poivre blanc de Penja s’avère piquant, vif, élégant et légèrement citronné, long en bouche. Il rehausse discrètement et subtilement le foie gras. Le poivre de Kampot est plus puissant. L’influence du sol, basaltique pour le poivre de Penja, est déterminante.

La ruche traditionnelle en bambou.

La ruche traditionnelle en bambou.

Puis, nous passons aux miels. Le parallèle est alors établi entre le miel de Rodrigues (ile de l’océan indien, proche de Maurice) et le miel d’Oku (Cameroun), objet de l’IGP. Le miel d’Oku est un miel blanc produit dans une forêt de montagne de 2 à 3000m d’altitude, où les abeilles ne vivent pas naturellement. Les apiculteurs y transportent, sur leur dos, les ruches traditionnelles en bambou. Les qualités du miel sont liées à la forêt, à sa biodiversité et à des fleurs très particulières. L’une d’entre elles provient d’une plante qui meurt après avoir fleuri, la graine tombe et il faut attendre neuf années pour avoir de nouvelles fleurs. Ces fleurs donnent alors un miel plus foncé –tous les neuf ans. Ce miel d’Oku que nous dégustons, d’abord à la cuillère puis sur de la brioche, lorsqu’il est blanc, est crémeux, opaque, très floral, a un nez et un goût de rose, il est légèrement granuleux et, non filtré, contient quelques fines particules de cire.

Le miel d'Oku : blanc, 8 années sur 9, et marron clair, la 9ème.

Le miel d’Oku : blanc, 8 années sur 9, et marron clair, la 9ème.

Nous avons aussi la chance de déguster le miel d’Oku marron clair (contenant le butin de la plante poussant tous les 9 ans). Celui-ci est encore plus crémeux, fumé, un peu acide et un peu moins floral. Quant au miel de Rodrigues, il a des arômes de fumé, torréfié, son goût est chaud, presque poivré et rappelle le caramel au beurre salé (proximité de la mer et embruns obligent).

Nous finissons avec le café. Le café Ziama-Macenta, IGP de Guinée, est un robusta. Nous le comparons avec le café des Bolovens (Laos), un arabica. Communément, les arabicas sont plus réputés que les robustas. Nos animateurs nous précisent que c’est plus dû à la méthode de production qu’à la baie de café elle-même. En effet, trop souvent, les baies de robusta sont cueillies plus ou moins mûres, ensuite leur séchage fait l’objet d’une attention moindre puisqu’elles vont parfois être exposées sur du goudron dont elles prendront des odeurs. Le café Ziama-Macenta fait l’objet de toutes les attentions lors des opérations de récolte et post récolte. Nous dégustons un café doux, naturellement un peu sucré, fumé et légèrement terreux. Le Boloven est très végétal, nez de poivron vert et petit-pois, en bouche un peu amer, acide, végétal, et assez volatile.

Où donc se procurer ces produits IGP d’exception ? Seul le poivre est aujourd’hui accessible en France. 2013 devrait être la 1ière année pour l’exportation du café et c’est la France qui est choisie. Quant au miel, produit en petites quantités et très cher, il nous faudra aller au Cameroun pour avoir une chance, peut-être, de le trouver.

Salon de l’Agriculture, Pavillon 4 – Allée C – N° 100, stand du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) – www.cirad.fr 

Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) – http://www.oapi.int/

Agence Française de Développement (AFD) – www.afd.fr

 

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